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11 févr. 2016
Pr Patrick Hautecœur

Une brève histoire de la SEP

Neurologue et doyen de la faculté libre de médecine de l’Université catholique de Lille, le Pr Patrick Hautecœur est passionné par l’histoire de la sclérose en plaques. Une histoire qui a débuté il y a 150 ans et dont il retrace les grandes étapes. Interview.

Quand ont été décrits les premiers cas de sclérose en plaques ?

Cette maladie a été décrite de façon précise durant la seconde moitié du XIXe siècle. La grande question est de savoir si elle est apparue à cette époque ou si elle existait auparavant. On n’en retrouve aucune description chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains. Pendant l’époque médiévale, deux cas principaux sont évocateurs d’une SEP. L’un concerne une hollandaise née en 1380 et dont les symptômes, tels qu’ils sont décrits, peuvent correspondre effectivement à une sclérose en plaques. L’autre cas, antérieur d’un siècle, est celui d’une jeune islandaise dénommée Halla la Viking. Elle a présenté un tableau neurologique pouvant ressembler à la SEP. C’est ce cas qui a conduit un neurologue américain, Charles M. Poser, à proposer dans les années 90 sa théorie « Viking ». Selon lui, la maladie serait apparue avant le XIe en Scandinavie et se serait ensuite répandue au fur et à mesure des invasions et des conquêtes des Vikings.

Cette théorie a-t-elle été validée ?

Disons que l’on observe une plus grande prévalence de la sclérose en plaque dans les régions où se sont installés les Vikings. Il est possible que ceux-ci aient diffusé, par le mixage des populations, des gènes de prédispositions de la maladie. Mais ce n’est pas la seule explication possible…

Comment la maladie a-t-elle été découverte ?

Tout au long du XIXe siècle, différents médecins ont décrit des cas évocateurs de sclérose en plaques, notamment en France et en Allemagne. Mais c’est Jean-Martin Charcot et son collègue Alfred Vulpian qui, les premiers, ont apporté une description précise, à la fois sur le plan clinique et anatomique, de la maladie à partir de 1866. Ce sont également eux qui ont proposé les premiers la dénomination de sclérose en plaques.

Qui était Charcot ?

C’était un médecin brillant, qui a marqué son époque. Médecin-chef à la Salpétrière en 1862, il a obtenu vingt ans plus tard la première chaire mondiale de neurologie. Il a aussi créé la plus grande clinique neurologique d’Europe de l’époque. Ces leçons sur la sclérose en plaque, devenues fameuses, sont un cas d’école. Quand on les relit aujourd’hui, sa description clinique est toujours d’actualité.

Quelles sont les théories de l’époque sur la cause de la maladie ?

Jusqu’à la première guerre mondiale, la théorie dominante est celle d’une origine bactérienne ou infectieuse. Pierre Marie, l’un des élèves de Charcot, est ainsi persuadé que la réaction inflammatoire du système nerveux observée chez les patients est la conséquence d’une infection. De nombreux travaux vont être menés pour débusquer le coupable. Aucune démonstration formelle n’a toutefois été apportée jusqu’à présent, même si le concept d’une origine infectieuse est encore aujourd’hui défendu par certains chercheurs.
Après la Grande Guerre, la théorie d’une origine vasculaire va progressivement prendre le pas sur la théorie infectieuse. Elle propose que les lésions de la SEP soient provoquées par des facteurs circulatoires, notamment veineux. Ensuite, avec le développement de la biologie, c’est le modèle d’une maladie auto-immune qui est mis en avant ; la SEP serait liée à une réaction immunitaire contre le cerveau. Après la seconde guerre mondiale, l’idée d’une origine infectieuse revient. On pense, jusque dans les années 60-70, que l’auto-immunité serait consécutive à l’infection par un virus.
Enfin, au cours des dernières décennies, les progrès de l’immunologie et de la génétique ont permis d’identifier des facteurs de susceptibilité génétique et de mieux caractériser les mécanismes d’atteintes cérébrales.

Où en est-on aujourd’hui des recherches sur l’origine de la maladie ?

En fait, malgré tous les progrès réalisés, nous en sommes toujours au stade des hypothèses. Les deux théories dominantes sont, d’une part, celle d’une réaction auto-immune délétère, d’autre part, celle d’une pathologie initiale au sein du système nerveux qui entraînerait la réaction pathologique du système immunitaire. Les débats sont encore passionnés ! Ce qui est intéressant, c’est que l’on se rend compte qu’il y a un continuum à travers le temps des théories. Elles évoluent avec les progrès scientifiques et techniques. Il faut également bien comprendre que ce sont toutes les recherches réalisées au cours du temps qui ont permis d’obtenir les traitements efficaces dont nous disposons aujourd’hui.

Comment expliquer l’augmentation de la fréquence de la SEP depuis le XIXe siècle ?

La théorie la plus en vogue à l’heure actuelle est de considérer que la sclérose en plaques est une maladie de l’urbanisation. Les modifications très importantes de notre environnement et de nos comportements depuis notre entrée dans l’ère industrielle, qui éloignent les hommes de leur condition d’origine et de la nature, pourraient expliquer l’incidence croissante de la SEP. Si l’écologie, au sens noble, devenait vraiment un mode de vie adopté par le plus grand nombre, peut-être verrions-nous décroître le nombre de personnes atteintes par cette maladie.