L'observance, une notion importante à comprendre.

Cela peut paraître évident : il est préférable de bien prendre son traitement plutôt que de rater des prises, voire tout simplement de l’arrêter. Dans la vraie vie, ce n’est pas aussi simple.
Ce que l’on appelle l’observance est en effet influencée par différents facteurs. En réalité, suivre un traitement, ça peut être compliqué, comme l’explique Geoffroy Vergez de la société Observia.

À l’origine, le terme observance se rapporte à la religion et au fait d’en respecter les règles. Son utilisation s’est ensuite étendue au champ de la médecine pour désigner la capacité d’une personne à adhérer et suivre les prescriptions et les recommandations d’un médecin. « L’observance ne concerne pas uniquement la prise des médicaments, explique Geoffroy Vergez. Elle englobe aussi les préconisations et les conseils délivrés par le médecin, par exemple en termes d’activité physique ou d’alimentation. Il s’agit ainsi de la manière dont une personne applique pour elle-même ce que son médecin lui a dit de faire pour préserver ou améliorer son état de santé. »

À priori, chacun trouve évident de suivre scrupuleusement le traitement qui va guérir ou soigner sa maladie, a fortiori si celle-ci est grave. Dans les faits, cela ne s’avère pas aussi évident. Dans un livre blanc édité par la Fondation Concorde en 2014 (1), les auteurs rapportent que le taux d’observance chez les patients atteints de pathologies chroniques se situe aux alentours de 50% (2). Ce taux est variable d’une pathologie à une autre, mais il ne semble pas dépasser 80%, même pour des maladies graves comme les cancers ou le sida. Cela signifie, qu’en moyenne, un malade sur deux ne suit pas son traitement jusqu’au bout ou le prend de manière irrégulière.

Un coût humain et financier

Les conséquences de la non-observance ne sont pas négligeables. D’abord pour les patients eux-mêmes puisqu’un traitement pris de façon incomplète sera par définition moins efficace et donc moins bénéfique sur l’évolution de la maladie. Cela les expose par conséquent à des risques de rechute ou de complications.

À l’échelle collective, les répercussions sont également très importantes, notamment sur le plan financier. Le coût des traitements non pris et des complications qui en résultent est ainsi estimé à 2 milliards d’euros par an en France (1). La non-observance serait de même à l’origine chaque année dans notre pays d’un million de journées d’hospitalisation et de 8000 décès (1).

Un système inadapté

Comment expliquer que l’observance ne soit pas meilleure ? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. « Tout d’abord, notre système de santé n’est pas organisé pour favoriser l’observance, explique Geoffroy Vergez. Les consultations médicales sont trop rapides et souvent les patients repartent sans avoir véritablement compris leur pathologie et les traitements qui leur ont été prescrits. De plus, il n’existe pas de temps d’accompagnement dans la prise en charge des malades, pendant lesquels les médecins pourraient évaluer leur observance et les aider à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent. »

Un autre aspect est inhérent à la nature humaine. L’oubli pur et simple de prise n’est pas le plus fréquent. « Bien souvent, les patients décident, volontairement ou inconsciemment, de ne pas suivre leur traitement, indique Geoffroy Vergez. Tout dépend de la façon dont il se situe par rapport à leur maladie. Une personne qui ne se considère pas malade ou qui a des priorités plus importantes de son point de vue aura plus de difficulté à adhérer à un traitement. »

Le caractère et l’irrationnel

La personnalité exerce également une influence. Selon que le malade est plus ou moins obéissant, plus ou moins impatient, son rapport au traitement ne sera pas le même. Enfin, interviennent les émotions et l’irrationnel. On a beau savoir que de ne pas prendre son médicament (ou de ne pas faire de sport ou de fumer) n’est pas bon pour soi, l’envie de croire que cela n’aura pas de conséquences peut être la plus forte. « La question de la motivation est, elle aussi, importante, ajoute Goeffroy Vergez. Il peut être difficile de suivre un traitement pendant longtemps quand on n’en perçoit pas immédiatement les bénéfices. »

Information et soutien

Face à ces différents constats sur les ressorts de l’observance et de la non-observance, quelles sont les solutions possibles ? « Il a été montré que les démarches visant à pénaliser les patients non-observants ne sont pas efficaces, explique Geoffroy Vergez. Il faut au contraire les inscrire dans des initiatives positives. Cela passe par l’information, l’éducation et des interventions de soutien. » Différents programmes visant à améliorer l’observance ont d’ores et déjà montrer leur efficacité (voir encadré). « L’important, c’est que le patient ne se sente pas seul face à son traitement », conclut Geoffroy Vergez.

(1) L’observance des traitements : un défi aux politiques de santé. Livre Blanc de la Fondation Concorde. Mars 2014.
(2) Site de l'OMS : https://www.who.int/mediacentre/news/releases/2003/pr54/fr/

Les interventions qui marchent

Les programmes d’intervention peuvent avoir un impact mesurable pour améliorer l’observance. Ils comprennent généralement des moyens de rappel des prises (notamment par SMS). Ils passent aussi par une simplification des modalités de prise, en faisant par exemple appel à des piluliers électroniques. L’éducation est également un élément important. Il a ainsi été montré que plus les patients sont informés sur leur maladie et leur traitement, et plus ils sont observants.
Enfin, les mesures de soutien et d’accompagnement visant à entretenir la motivation des malades sur le long terme s’avèrent efficaces pour maintenir l’observance.

« Environ un médicament prescrit sur deux n’est pas consommé par les patients atteints de maladies chroniques » – Geoffroy Vergez.

Publié le : 31/01/2020

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