SCLEROSE EN PLAQUES ET TROUBLES SENSITIFS

Les lésions du système nerveux central provoquées par la sclérose en plaques sont susceptibles d’entraîner la survenue de troubles sensitifs, c’est-à-dire de sensations anormales, désagréables et/ou douloureuses.

Les troubles sensitifs peuvent apparaître à tout moment de la maladie, en fonction de son mode d’évolution. Différentes approches thérapeutiques existent pour les soulager. Le point sur ces troubles avec le Pr Marc Debouverie, chef du service de Neurologie du CHRU de Nancy.

Qu’est-ce qu’un trouble sensitif1 ?

Un trouble sensitif est une sensation anormale, plus ou moins désagréable et plus ou moins douloureuse, qui est provoquée par l’atteinte des voies sensitives qui transitent par les nerfs, puis la moelle épinière et qui vont jusqu’au cerveau. Les nerfs forment un vaste réseau au sein du corps. Ils sont reliés à la moelle épinière par laquelle ils communiquent avec le cerveau. Ils servent principalement à transmettre des messages sensoriels au cerveau, par exemple la chaleur ou le froid. Le cerveau transmet également des messages moteurs, par exemple pour commander les muscles. La sclérose en plaques est susceptible d’entraîner une altération de la communication des informations sensitives. Les messages sensoriels ou moteurs peuvent alors être perturbés. Un trouble sensitif correspond ainsi à un message sensoriel anormal.

Quels sont les différents troubles sensitifs pouvant survenir ?

Différents types de troubles sensitifs sont susceptibles de survenir chez les personnes atteintes d’une sclérose en plaques1,2.

  • La paresthésie

Elle se traduit par des impressions de fourmillements, de picotements ou d’engourdissements au niveau de la peau. Ces sensations peuvent être désagréables, mais elles ne sont pas douloureuses.

Ce trouble du toucher peut concerner différentes zones du corps : un ou deux membres par exemple, voire tout un côté.

  • La dysesthésie

Elle correspond à une diminution ou une exagération de la sensibilité qui survient en cas de contact sur la peau (par exemple le frottement d’un drap ou d’un vêtement, ou encore la caresse d’une main). Elle se manifeste notamment par des sensations d’engourdissements, de picotements ou de brûlures. Le contact devient désagréable, voire douloureux.

  • L’hyperpathie

C’est une sensation franchement douloureuse qui survient en cas de contact sur la peau. La douleur est souvent persistante et concerne une zone plus étendue que celle qui est stimulée.

  • Le signe de Lhermitte

Cette sensation se produit en cas de flexion du cou. Elle se traduit par l’impression d’une décharge électrique qui part de la nuque et descend le long du dos, puis dans les membres inférieurs2.

  • La névralgie faciale

Appelée également névralgie du trijumeau, elle est due à une atteinte du nerf trijumeau. Ce nerf part du cerveau et se compose de trois branches : l’une qui va vers l’œil, l’autre vers le maxillaire supérieur (la partie supérieure de la mâchoire), le troisième vers la mandibule (la partie inférieure de la mâchoire). Chaque côté du visage renferme un nerf trijumeau.

En cas de lésion au niveau d’un de ces nerfs, il peut survenir des douleurs intenses, s’apparentant à des décharges électriques, qui concernent tout un côté du visage. Ces accès douloureux durent de quelques secondes à plusieurs minutes et peuvent se répéter2.

  • Les atteintes de la sensibilité profonde4

La sensibilité profonde (ou proprioception) correspond à l’ensemble des mécanismes de perception des différentes parties du corps. C’est cette sensibilité qui permet notamment la marche debout des humains. L’altération de nerfs impliqués dans la sensibilité profonde peut entraîner des troubles de l’équilibre et des mouvements.

Appelé ataxie, ce type de trouble peut notamment se traduire par une marche incertaine et instable, avec des embardées. La personne a la sensation d’être instable, comme si elle était en état d’ébriété. Au niveau des bras, les mouvements peuvent être imprécis et maladroits. Ils ne sont pas aussi fins qu’ils le sont en temps normal.

  • Les atteintes de la stéréognosie

La stéréognosie est la capacité sensorielle à reconnaître la forme, le volume et la consistance d’objets et d’êtres vivants par le toucher. C’est, par exemple, savoir que c’est une pomme qui a été placée dans le creux de sa main tout en ayant les yeux fermés.

Les atteintes des nerfs sensoriels liées à la sclérose en plaques peuvent altérer cette capacité sensorielle.

À quels moments de la maladie les troubles sensitifs peuvent-ils survenir ?

Les troubles sensitifs peuvent survenir à tout moment de l’évolution de la sclérose en plaques. Ils peuvent faire partie des premiers signes de la maladie. Ces troubles peuvent également apparaître plus tard dans le cours évolutif de la SEP.

Comme ces troubles sont liés aux lésions provoquées par la maladie au niveau des nerfs sensitifs, leur survenue dépend de la façon dont la maladie évolue. Cette évolution étant très différente d’une personne à une autre, il est difficile de pouvoir les prédire.

Comment les troubles sensitifs liés à la SEP évoluent-ils ?

L’évolution des troubles sensitifs dépend très largement du mode évolutif de la maladie dans son ensemble.

Ces troubles peuvent survenir lors d’une poussée. À l’issue de celle-ci, ils sont susceptibles de disparaître complètement. Cependant, comme pour les autres symptômes des poussées, des séquelles sont possibles. Les troubles restent alors présents, de façon plus ou moins prononcée.

En cas de forme progressive de la SEP, les troubles sensitifs peuvent être constants et s’aggraver au fur et à mesure de l’évolution de la maladie.

Quels sont les traitements possibles des troubles sensitifs ?

La prise en charge des troubles sensitifs vise à soulager les douleurs et à limiter autant que possible l’altération de la qualité de vie qu’ils induisent3.

Cette prise en charge dépend du mode de présentation des troubles.

  • Lorsque les troubles sensitifs sont associés à une poussée

La prise en charge des troubles sensitifs repose alors uniquement sur le traitement de la poussée. Ce traitement permet de limiter ou de faire disparaître les symptômes associés à la poussée.

La prise d’un traitement de fond, qui permet de prévenir la survenue des poussées, est importante pour limiter les symptômes associés, dont les troubles sensitifs.

  • Lorsque les troubles sensitifs sont présents de façon chronique

La prise en charge des troubles sensitifs dépend de leur intensité et de leur impact sur la qualité de vie. Si ces troubles ne sont pas douloureux et peu ou pas gênants, un traitement n’est pas forcément proposé. À l’inverse, si les troubles sensitifs entraînent des douleurs importantes et fréquentes, plusieurs approches thérapeutiques peuvent être envisagées.

- Les traitements par médicaments

Les troubles sensitifs sont liés aux atteintes neurologiques provoquées par la SEP. Par conséquent, les médicaments antalgiques classiques, qui agissent sur d’autres types de douleurs, ne sont pas efficaces contre ces troubles. Il est donc inutile de prendre du paracétamol ou un anti-inflammatoire, ni même un dérivé de la morphine, pour les combattre.

Le traitement par médicaments des troubles sensitifs repose sur les antiépileptiques et les antidépresseurs2,3. Ces médicaments agissent au niveau du système nerveux central en induisant des modifications de la perception et des sensations. Ils permettent ainsi de réduire, voire de supprimer les troubles sensitifs.

- Les autres traitements

Lorsque les troubles sensitifs sont importants, des approches complémentaires peuvent être proposées.

Il est ainsi possible de recourir à la stimulation électrique transcutanée (TENS)1. Il s’agit d’un appareil qui produit de faibles impulsions électriques transmises par des électrodes appliquées sur la peau. Les impulsions stimulent la production de différentes substances neuromédiatrices pouvant atténuer les douleurs.

Des approches telles que la relaxation, la sophrologie, l’hypnose et la psychothérapie peuvent également contribuer à limiter les douleurs induites par les troubles sensitifs3.

Dans tous les cas, il est essentiel de parler des troubles sensitifs ressentis à son neurologue. Après une évaluation complète de ceux-ci, le neurologue est en mesure de proposer une prise en charge adaptée et, si nécessaire, d’orienter vers d’autres professionnels de santé spécialisés.

Sources bibliographiques

(1) Murphy KL, Bethea JR, Fischer R. Neuropathic Pain in Multiple Sclerosis—Current Therapeutic Intervention and Future Treatment Perspectives. In: Zagon IS, McLaughlin PJ, editors. Multiple Sclerosis: Perspectives in Treatment and Pathogenesis [Internet]. Brisbane (AU): Codon Publications; 2017 Nov. Chapter 4.
(2) Brola W, Mitosek-Szewczyk K, Opara J. Symptomatology and pathogenesis of different types of pain in multiple sclerosis. Neurol Neurochir Pol. 2014;48(4):272-9.
(3) Casez O. Marquer A. Prise en charge symptomatique de la sclérose en plaques. La Lettre du Neurologue, 2014;XVIII(8):290-295.
(4) Toosy A, Ciccarelli O, Thompson A. Symptomatic treatment and management of multiple sclerosis. Handb Clin Neurol. 2014;122:513-62.

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